La petite jokho

La vie coule le long de ma route vers l'océan de ma destinée.

samedi 29 novembre 2008

La peur du passé

femmivrMon enfance se résume à l'alcoolisme. Et oui, mes parents et par la suite moi-même. Avant la séparation de mes parents, mon père buvait sa tite bière et ne pouvait passer un jour sans en boire. Ma mère était vertueuse, du moins c'est ce qu'elle laissait voir. En apparence, elle semblait être une sainte et mon père un goujat, un irresponsable. Donc, jour après jour, sans répit, les engueulades et les cris étaient mon quotidien. Et quand la colère devenait palpable dans la maison et que j'avais le malheur d'être une enfant avec mes besoins d'enfant, je mangeais la taloche et je devais subir les punitions. Les colères tombaient sur moi et j'ai vite appris à m'effacer quand le ton montait.

Un soir de décembre tout a chaviré. Ma mère est venue me chercher à l'école, la panique dans les yeux, elle tenait ma soeur dans ses bras et tirait mon frère par la main. Elle criait de marcher vite, de ne pas s'attarder et que l'on allait chez grand-maman à quelques rues de la maison. Et à chaque coin de rue que nous traversions, une voiture fonçait sur nous, celle de mon père. Il tentait de nous frapper. J'avais peur et rendu chez grand-maman, nous étions terrorisés et ma mère était hystérique. Ce fut le début de la vie de famille monoparentale. J'avais 6 ans.

Et ma mère, dans un état second, a commencé à dénigrer mon père, jusqu'à ce que je finisse par la croire. C'est à cette époque qu'elle a commencé à boire un peu pour se détendre. Et sans le savoir, le début de l'enfer commença pour moi. Comme je suis l'ainée, comme je suis plus grande, je devins sa "béquille" sa confidente dans ses délires. Et j'alimentais une haine envers mon père, pauvre homme. Et c'est à cette époque que je retrouvais ma mère "braillant" sur son sort dans un état lamentable, saoule et complètement déconnectée. Jour après jour, je vivais sa déchéance et je devenais le soutien émotif de la famille.

De mes 6 ans à mes 17 ans, j'ai vécu dans l'enfer de l'alcool par ma mère. À mes 11 ans j'ai commencé à boire moi-aussi et à fumer la cigarettes. J'aimais me retrouver dans cette état second qui me permettait d'oublier ma vie de "cendrillon". Et graduellement, la petite bière a été remplacé par du plus fort et encore plus et toujours plus fort. Le hashish, la marijuana et l'acide s'ajoutaient à l'alcool. À 15 ans je vendais de la drogue et je travaillais tous les soirs et mes étés pour pouvoir continuer à consommer. Je prenais de la coke qui s'ajoutait aux autres substances. Ma mère de son coté augmentait ses doses d'alcool aussi.

Bref, à 17 ans, j'ai quitté la maison, avec seulement mes vêtement et des dettes malgré un bon boulot et le deuil de mes études non terminées. C'est ainsi que séparé de la violence de ma mère et son alcoolisme que j'ai commencé à cesser de prendre de la coke, et par la suite l'herbe pour finalement continuer l'alcool et la cigarette. Mes relations amoureuses étaient à l'image de ma vie de famille, violence et alcool. Et un jour, un miracle s'est produit, j'étais enceinte.

Pour certaines personnes les rencontres AA ou thérapeutiques sont nécessaires pour garder le cap. Moi ce fut de savoir que j,avais la vie en moi. Depuis ce jour, j'ai pas retouché à la drogue, et en de rare occasion je prend un verre sans plus. Mais j'ai transposé mes dépendances sur la bouffe. Je suis donc devenue une consommatrice compulsive de bouffe. Et plus mes "malheurs" se suivaient plus je bouffais. Et un beau jour d'octobre 2005 on m'annonce que je suis diabétique de type 2. Rien de grave en fait, juste un petit comprimé et changer la façon de me nourrir.

C'est là que je souffre le plus. Ne plus manger ce qui me plaisait tant. Contrôler les quantités, doser les portions. S'abstenir de se gaver d'une belle portion de gâteau après un bon repas copieux. Ben c'est là que je rejoins les alcooliques, les toxicomanes non sevrés, j'ai transposé mes dépendances dans la bouffe, de ce fait je ne me suis pas vraiment guérie, j'ai juste transposé le bobo ailleurs.

Aujourd'hui, je suis face à une réalité, qui est la dépendance. Je prend conscience que ma mère n'a rien fait pour améliorer sa condition, sinon être plus alcoolique que jamais. Encore heureux qu'elle n'ai pas la cirrhose. Bref, moi ma cirrhose c'est la graisse qui s'est glissée sous ma peau et qui nuit à ma santé.

Hier soir, ma fille a décidé de passé la soirée à la maison avec des amis et ils ont pris de l'alcool. Rien de grave je sais, mais inévitablement, je panique, je crains que ma fille comme mon fils tombent dans cet enfer de l,alcool. Pourtant, je m'inquiète pour rien jusqu'à maintenant. Ma fille s'est levée en pleine forme et elle n'avait pas le visage ravagé d'une mauvaise nuit. Elle m'a regardé et m'a dit calmement de ne pas m'inquiéter car elle ne voulait que se détendre entre amis et que deux verres pour elle c'est largement suffisant pour s'amuser et garder sa tête toute entière sur ses épaules. Ce qui me rassure car moi, à son âge, j'avais déjà dépassé le cap. Mais ma fille n'est pas moi, elle est mieux que moi.

Posté par Jokho à 17:46 - état d'âme - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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